Mutations de la métafiction

Publié le 21 mai 2019

Revue française d’études américaines 2019/2 (N° 159)

Chupin Yannicke - accueil en délégation 2020-2021

Editeur : Belin

Parution : 21/05/2019

Nombre de pages : 128

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RésuméTable des matièresCritiques

Depuis les tribulations scripturaires de Tristram Shandy ou de Don Quichotte, la fiction qui met en scène et commente les conditions de son existence a traversé discrètement siècles et littératures, avant de connaître une effervescence dans les années 1960-70 aux États-Unis. Au cours de ces deux décennies critiques où l’on dit la littérature « épuisée » (Barth 1967), une génération d’écrivains nord-américains s’empare du terrain réflexif de la fiction. Des auteurs comme Donald Barthelme, Robert Coover ou William Gass multiplient les expériences littéraires, tout en accueillant au sein de leur fiction le doute sur la possibilité de son existence.

Nombre de doubles sont alors inventés qui décrivent en miroir les difficultés à créer. Cette conscience inquiète sur l’avenir de la fiction domine bientôt la scène littéraire ; et le terme de « métafiction », né presque incidemment sous la plume de William Gass en 1970, circule bientôt dans de nombreux textes critiques pour tenter de circonscrire le phénomène, accompagné de ses variantes terminologiques.

Aussi ce vocable qui fait aujourd’hui autorité et décrit une pratique pourtant née avec le roman moderne est-il désormais souvent associé aux explorations formelles et hésitantes de cette ère critique et ne connote donc généralement pas une période heureuse de la littérature. En 1984, alors qu’elle dresse un inventaire du phénomène, Patricia Waugh, au seuil de son ouvrage, traduit cette hostilité ambiante à l’égard de la métafiction : « What is metafiction and why are they saying such awful things about it …