Séminaire Corps et Sociabilités

Publié le 15 décembre 2021

Apparences et sociabilités dans un long XVIIIe siècle/

L’objectif de ce projet international est de donner corps aux sociabilités dans un long XVIIIe siècle (mi XVII-mi XIX siècle).

Il a été initié à l’automne 2020 dans des circonstances propices : l’adhésion conjointe des laboratoires Tempora (Rennes 2) et Larca (CNRS UMR 8225, Université de Paris) membres du GIS Acorso au GIS Sociabilités, la participation d’Aurélie Chatenet-Calyste au groupe de recherche sur les sociabilités au sein du GIP-CRCV du château de Versailles ainsi qu’au projet international « Shopping in 18th Europe », tandis qu’ Ariane Fennetaux, qui collabore déjà avec le centre for global history de l’université de Warwick (membre aussi des deux même GIS), porte plusieurs projets sur les circulations matérielles à l’ère de la première mondialisation (au sein du projet « Global Matters »).

Le projet est donc résolument international et entend faire travailler ensemble, et pour la première fois, des spécialistes internationaux des sociabilités et des chercheurs européens spécialisés dans le domaine des apparences.

Comment les sociabilités sont-elles vécues, appréhendées corporellement ? En quoi les apparences ­entendues comme « une forme de communication non verbale » (I. Paresys) qui participe à la construction de l’identité d’un individu­ permettent d’affirmer son appartenance sociale et d’ancrer une personne dans un espace, un réseau de sociabilités au moment où les échanges s’intensifient et s’élargissent.

Le site web : https://embodiedsociabilities.wordpress.com/

S’inscrire à la liste de diffusion :

http://eepurl.com/hPPz1D

Le programme :

  • 17 janvier : Sociabilités et soins du corps
    Dr Sophie Vasset (Université de Paris, LARCA / Northeastern University Boston)
    “The gay birds of passage on tiptoe come dancing”: representations of seasonal sociability in eighteenth-century British watering places

Inscription: https://u-paris.zoom.us/meeting/register/tZMudeGurDMpHtbu1y4hlwH16wtAZMy7H7OL

From Buxton to Brighton, watering places have occupied a specific place in eighteenth-century novels, poems, guidebooks and even medical treatises. The sociability that pervades them has often been approached through the paradigm of Austenian Bath scenes and glamorous balls.

This paper will shift the focus from Bath-centered representations to the great variety watering places of Britain, from the smaller local spas and the rituals associated with them, to the emerging seaside resorts such as Jane West describes in The Humours of Brighthelstome. Miscellanies, periodicals and guidebooks insist on the role of women in spa towns, on their active pump-room politics and disruptive gossip, on their ‘riding-dresses’ and gender-bending social freedoms. Watering places are determined by a double context which gives more visibility to under-represented modes of sociability. Seasonal sociability provides a specific intensity to social encounters, with a titillating culture of risk. The centrality of sickness permeates the social relations of a spa town or a seaside resort, which are organised around the sick.

Sophie Vasset is an associate Professor at the Université de Paris. She has published extensively on eighteenth-century British literature (The Physics of Language, PUF, 2010), eighteenth-century history of medicine (Décrire, Prescrire, Guérir, Hermann, 2011 [SEAS/AFEA award, 2011]; Bellies Bowels and Entrails in the Eighteenth Century with S. Kleiman-Lafon & R. Barr, MUP, 2017). Her new book on mineral waters in eighteenth-century Britain and Europe (Murky Waters, MUP) will be published early 2022. She is part of the steering committee of “The Person in Medicine Institute” at Université de Paris, and she obtained a two-years CNRS research grant (délégation) at the IHRIM research center, Université de Clermont-Auvergne in 2019-21. Until December 2021, she was the co-director of the Fondation des États-Unis, Cité Internationale Universitaire de Paris. In the spring semester 2022, she will be a visiting scholar at Northeastern University, Boston.

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  • 7 février : Apparences et sociabilités dans l’art : À la mode. L’art de paraître au XVIIIe siècle.
    Pascale Gorguet-Ballesteros (Palais Galliera, Sorbonne Université), Retour sur l’exposition

Inscription: https://u-paris.zoom.us/meeting/register/tZIpc-6grz4rGtO2h2B4JzTTAjIu2FThq06K

L’exposition « A la mode. L’art de paraître au 18e siècle » confronte les interactions entre deux phénomènes, la peinture et la mode.

L’exposition se déploie en quatre univers. Le premier s’attache aux phénomènes de mode mis en image par les peintres, soulignant les enjeux liés à tant à la représentation sociale qu’à leurs recherches plastiques. Le deuxième chapitre montre combien les peintres sont acteurs de la « fabrique de la mode », se révélant les ancêtres des couturiers. « Fantaisies d’artistes », troisième volet de l’exposition, explore les liens entre des mondes picturaux imaginaires et des vêtements devenus iconiques grâce à eux. Enfin « Pour une histoire du négligé-déshabillé », porte un regard inédit sur la vogue du négligé, de la robe de chambre à la chemise masculine, de la robe blanche de lingerie à la robe droite féminie de la fin du siècle. Blancheur et drapés antiquisants inspirent une recherche picturale novatrice centrée sur la lumière. 

Pascale Gorguet Ballesteros est conservateur en chef du patrimoine au Palais Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris et enseignant-chercheur à l’UFR d’histoire de l’art et d’archéologie de Sorbonne Université où elle enseigne l’histoire des textiles, des vêtements et de la mode. Elle est co-commissaire de l’exposition “à la mode” avec Adeline Collange-Pérugi, conservatrice du patrimoine au Musée d’arts de Nantes, en charge des collections d’art anciens.

 

 

  • 7 mars : Apparences et sociabilités à la cour
    Dr Flavie Leroux (Centre de recherche du Château de Versailles)
    Dr Johanna Ilmakunnas (Åbo Akademi University)

Inscription : https://u-paris.zoom.us/meeting/register/tZYoceGtrzguHNa-6OfLHjc4uq1ilG3dMAzK

« Une triomphante beauté à faire admirer à tous les ambassadeurs » : la parure des maîtresses de Louis XIV, enjeux sociaux et politiques

« Une triomphante beauté à faire admirer à tous les ambassadeurs ». Tel est, pour Mme de Sévigné – auteur de cette citation – comme pour une large part de l’historiographie, tout l’enjeu des parures arborées par les maîtresses des rois de France : refléter devant la cour et devant les représentants des autres souverains la toute-puissance de leur royal amant. Le choix des garde-robes, les achats de bijoux comme les décisions prises quant à leur usage révèlent pourtant d’autres perspectives, plus identitaires, plus collectives et même plus pragmatiques. Le but de cette communication sera de cerner cette variété d’usages, en entrant dans le vestiaire des maîtresses de Louis XIV : comment se paraient-elles et dans quel but ? Au-delà d’un enjeu politique sur lequel nous pourrons revenir, dans quelle mesure la consommation somptuaire pouvait-elle servir des desseins à la fois personnels et familiaux ? En revenant aux sources de la pratique (inventaires, donations, registres de dépenses) confrontées aux témoignages des contemporains, il s’agira de mesurer l’importance que revêtent les atours, entre discours politique, identité lignagère et usages pratiques.

Flavie Leroux est chargée de recherche au Centre de recherche du château de Versailles et coordinatrice du programme « Identités curiales et le mythe de Versailles en Europe : perceptions, adhésions et rejets (XVIIIe-XIXe siècles) ». Docteur en histoire et civilisations de l’EHESS, elle est par ailleurs spécialiste d’histoire de la cour et des femmes en France (XVIe-XVIIe siècle), en particulier des maîtresses royales, auxquelles elle a consacré sa thèse et un ouvrage, Les maîtresses du roi, de Henri IV à Louis XIV (Éd. Champ Vallon, 2020).

Appearance, sociability and building up a career at court in eighteenth-century Sweden
This paper considers the importance of fashion, material culture, self-fashioning and outer appearance for building up a career at royal court in eighteenth-century Sweden. Furthermore, is explores how an individual’s personal attributes, competences and preferences together with the status of his or her family, as well as royal favour and power relations both within and outside of the court, moulded possibilities for aristocrats to obtain high positions at court.

The paper explores two generations of courtiers at the Swedish court that went through major political and cultural shifts, which occurred together with the changes of rulers and political system. Count Carl von Fersen (1717–1786) and his wife Baroness Charlotta Fredrika Sparre (1719–1797) and their five daughter all held positions at court. Fersen and Sparre played a key role in establishing novel court culture and sociability in mid-eighteenth-century Sweden after French and Prussian models. The paper explores how their material knowledge, shopping practices and self-fashioning consolidated their position at court and facilitated the entrance of their daughters to the court two decades later.

The study draws on ledgers, account books and receipted bills, correspondence and memoirs, as well as portraits and other paintings, discussing the interplay between material literacy, appearance, sociability, and career paths for aristocrats at a royal court.

Dr Johanna Ilmakunnas is a professor of Nordic History at Åbo Akademi University. Her research interests embrace cultural history of work, material culture and consumption, family and gender in eighteenth-century Sweden and Finland. Her publications include ‘Life-stage, work and daily routines of the eighteenth-century Swedish elite: Johan Gabriel Oxenstierna’s diaries’, in Daily lives and daily routines in eighteenth-century Europe (Bloomsbury 2022, eds Gudrun Andersson & Jon Stobart), A Taste for Luxury in Early Modern Europe: Display, Acquisition and Boundaries (Bloomsbury 2017, co-edited with Jon Stobart), Early Professional Women in Northern Europe, c. 1650–1850 (Routledge 2017, co-edited with Marjatta Rahikainen & Kirsi Vainio-Korhonen

 

Antoine Pesne: Charlotta Fredrike Sparre.
NM 1313

 

  • 4 Avril : Apparences et réseaux de sociabilité
    Isabelle Eve Carlotti Davier (ICT – Université de Paris)
    Pr Pierre-Yves Beaurepaire (Université Côte d’Azur, CMMC et Institut Universitaire de France)

Inscription : https://u-paris.zoom.us/meeting/register/tZEkcuuvqD8vG9ERznicvqA7N2afCvZ-6tnY

Des voyageuses britanniques dans les villes de Nice, Turin et Gênes au XVIIIe siècle :  usages et pratiques sociales du vêtement

Le voyage en Italie des femmes britanniques de la haute société au XVIIIe siècle implique la constitution d’une garde-robe, susceptible de leur ouvrir l’accès aux sociabilités aristocratiques de la cour et de la ville. Chaque forme de sociabilité répond à des usages qui lui sont propres, le protocole strict de l’institution curiale s’opposant aux usages plus fluctuants des sociétés informelles urbaines, dont les injonctions dépendent uniquement des variations de la mode. Toutefois, le rythme des sociabilités auxquelles les voyageuses britanniques sont associées dans les villes-capitales comme Turin et Gênes, crée des besoins vestimentaires divers, qui ne sont pas accessibles à toutes les bourses, ce qui oblige certaines d’entre-elles à trouver des stratégies pour financer ou réduire les dépenses. La villégiature à Nice, comportant une vie de société plus restreinte, offre un cadre formel plus lâche ainsi qu’une marge de liberté plus grande. Nous souhaitons donc interroger les pratiques vestimentaires des voyageuses britanniques, en nous fondant sur leurs relations de voyage, leurs journaux intimes et leurs correspondances, afin d’établir le degré d’adaptation et de conformité de celles-ci aux règles et usages de la société locale mais aussi de déterminer la signification de ces pratiques, notamment en termes d’enjeux identitaires et de distinction sociale. 

Isabelle-Eve Carlotti-Davier (ICT, Université de Paris)

Actuellement en sixième année de thèse à l’Université de Paris (Paris Diderot) sous la direction de Liliane Pérez (Université de Paris) et de Pierre-Yves Beaurepaire (Université Côte d’Azur). Ses travaux portent sur l’accueil et l’hospitalité des voyageuses britanniques par les élites italiennes et de leur intégration au sein des sociabilités aristocratiques dans les villes de Nice, Turin et Gênes au XVIIIe siècle.

 

L’épreuve du corps. Corps et apparences dans la sociabilité maçonnique au XVIIIe siècle

En comparaison du discours, le corps du franc-maçon est largement ignoré des historiens de la Franc-maçonnerie et de la sociabilité qu’elle propose au XVIIIe siècle alors qu’il est essentiel à la fois pour comprendre le processus initiatique (le corps du candidat est soumis à des épreuves initiatiques, il est désorienté, menacé dans son intégrité avant d’être protégé par le lien fraternel lorsque le nouvel initié est admis dans la chaîne d’union). De nombreuses gravures et productions iconographiques permettent de documenter cette mise à l’épreuve du corps.

S’il est dénudé lors des cérémonies initiatiques, le corps est ensuite habillé, et prend les apparences d’un corps maçonnique distinct du corps profane, avec le tablier dont la complexification et les symboles nouveaux suivent le cours de la vie maçonnique des frères et sœurs, notamment leur élévation à de nouveaux grades. La vie de la loge est réglée par des normes auxquels les membres sont supposés adhérer librement mais aussi par des apprentissages : comment se déplacer de manière harmonieuse dans le temple ? comment et quand s’habiller en franc-maçon ? quels sont les « signes et attouchements » selon le vocabulaire maçonnique permettant de se reconnaître comme francs-maçons réguliers ? quels « décors » maçonniques (bijoux et insignes) arborer sans céder à la cordonite (expression maçonnique typique) ? Au-delà des règles et de la symbolique du corps, toute une économie des apparences maçonniques se met en place (les frères et sœurs achètent tabliers et décors, achètent des gants blancs pour les offrir rituellement). Des modes maçonniques existent et s’exportent jusqu’en Russie ou depuis Canton.

Une attention particulière sera enfin prêtée aux usages du corps dans l’enceinte du temple lors d’assemblées mixtes réunissant frères et sœurs, mais aussi hors du temple lorsque les membres organisent des réunions de société, et se livrent à des performances musicales, théâtrales. Des jeux de séduction s’opèrent à ces occasions que permettent de documenter correspondances et egodocuments. Ils peuvent mettre en péril l’harmonie de la loge.

Pierre-Yves Beaurepaire est professeur d’histoire moderne à l’Université Côte d’Azur et membre senior de l’Institut Universitaire de France (promotion 2021). Ses recherches portent notamment sur la sociabilité, les réseaux de correspondance et les circulations dans l’Europe et le monde des Lumières. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages personnels, il a récemment publié Les Lumières et le Monde. Voyager, explorer, collectionner (Belin, 2019), un Atlas de l’Europe moderne. De la Renaissance aux Lumières (Autrement, 2019) ; et éditée avec Silvia Marzagalli et Fredrik Thomasson, L’œil de Stockholm. La correspondance de François Philippe Fölsch, consul de Suède à Marseille (1780-1807) (Classiques Garnier, 2021).

 

 

 

 

  • 9 Mai : Shopping, fashionability and sociability / Shopping, mode et sociabilité : The rise of West End: London, the Season and Metropolitan Shopping
    Dr Hannah Greig (University of York) and  Pr Amanda Vickery (Queen Mary, University of London)

Inscription : https://u-paris.zoom.us/meeting/register/tZIlceGtqzgiHtfZ1VG7tWUyr37RdJHdz3WW

The history of consumerism has been driven by the desires of the middling. Aristocratic tastes shine in a different discipline – the history of decorative art. This lecture bridges these two fields, charting the explosion of London’s West End and examining its commercial geography. It looks at the season, locations and timetable of elite shopping and recovers aristocratic consumers’ long-term relationships (often across multiple generations) with particular purveyors and businesses. The development of the West End as a centre for luxury trades has been accepted as an unproblematic part of eighteenth-century urbanisation. To contemporaries, however, the West End was a brand new town, celebrated by many as the acme of Georgian modernity. Its origins lay in patrician politics not bourgeois spending, created in direct response to the emergence of a new political timetable after 1689. For the first time, political families made London their seasonal home, clustered in a small segment of the capital. Purveyors of fashionable goods targeted elite traffic between visits, court and parliament. Gun shops, wine merchants and hatters opened next to the clubs and townhouses of leading ministers. Shopping on the way to parliament and to court became routine – the streets, squares and parks of St James’s a fashion runway. The reopening of parliament demanded the return of the courtiers, peers and their wives to the West End, whose arrival and exhibitionism launched the new fashion season.

The history of London commerce often refers to the ‘drift’ westwards as trades moved from the city and the area around Covent Garden and the Strand and set up shop on Piccadilly, Oxford Street, Bond Street and Pall Mall. But shopkeepers were not rudderless ships floating on a tide, their movement west represented a strategic decision to establish themselves exactly where the elite congregated for the political season. The possibility of aristocratic clients dropping into the shop on their perambulations around St James’s and Westminster – and the fact that the quality expected to the visited at home – increased the viability of a West End base. Proximity to fashion leaders spared tradesmen the long trek from the City, enabled them to make a series of home visits in a day and kept their stock close at hand. Historians are apt to stress the lure of the season, fashionable entertainment and shopping on consumers, especially female consumers, but this analysis puts the cart before the horse. Rather than being drawn to London by the glitter of shops, entertainment and fashion, the peerage and parliamentary classes came for parliament – and the new culture was built around them. The London of the political classes was tiny, centred on a few streets, but its scope was vast. The material provinces of the British Atlantic world (the English regions, Wales, Scotland, Ireland, the North American colonies and the West Indies) all looked to London’s West End as their metropolis of taste.

Hannah Greig is a Reader in eighteenth-century history at the University of York. Her book The Beau Monde: Fashionable Society in Georgian London (OUP, 2013) examined the emergence and power of eighteenth-century London’s fashionable world. She is currently working on a new Leverhulme-funded project on the material culture of the royal court (which includes a study of royal warrant holders in London) and a collaborative project with Amanda Vickery on the rise of the West End. Vickery and Greig’s first work from this collaboration is an article ‘The Political Day in Georgian London’ published in Past and Present in 2021.

Amanda Vickery is a prize-winning historian, writer and broadcaster.  She is Professor of Early Modern History at Queen Mary, University of London.  Her books include Behind Closed Doors: At Home in Georgian England (Yale, 2010), Women, Privilege and Power: British Politics 1750 to the Present (Stanford, 2001), Gender, Taste and Material Culture in Britain and North America (Yale, 2006) & The Gentleman’s Daughter:  Women’s Lives in Georgian England (Yale, 1998) which won the Wolfson, the Whitfield and the Longman-History Today Prize. She holds an honorary doctorate from the University of Uppsala.  She has held visiting professorships in Munich, at Stanford, and at the California Institute of Technology and the Huntington Library.

 

  • 13 Juin : Littérature, corps et sociabilités
    Pr Florence Magnot (Université de Rennes 2)
    Anna Rolland (Université de Rennes 2)

Inscription : https://u-paris.zoom.us/meeting/register/tZMuc-2oqjktGtQPUAaCAGXK-wZFdKZwNHDQ

Déchiffrage et lexique des « façons » : l’activité herméneutique de la rencontre chez Robert Challe.

Cette intervention au carrefour des problématiques de l’apparence et de la sociabilité propose une analyse du lexique des « façons » chez Robert Challe, écrivain du tout début du XVIIIe siècle particulièrement sensible aux changements et aux nuances des mœurs. Les « façons » seront étudiées dans le texte comme un langage social du corps, du maintien, de la physionomie, du visage, « habitus » qui, associé à un certain degré maîtrise du langage verbal, permet aux personnages des Illustres Françaises de déchiffrer les êtres qu’ils rencontrent et de les analyser, quasiment en un seul coup d’œil. Si l’existence et l’intensité de cette herméneutique sociale ont été bien explorées déjà par la critique, qui multiplie les notations relevant de l’infra-verbal et des signes faibles, avec la manière dont le Journal de Voyage aborde la rencontre dans le genre du récit de voyage. L’apport de cette étude sera de tenter d’en analyser la formulation et le lexique : dans un roman (considéré comme un jalon de l’histoire de la mimésis romanesque) comme les Illustres Françaises, comment se formule l’évaluation des manières et des façons de l’inconnu.e rencontré.e et l’ajustement, l’adaptation des manières et des façons de celui qui raconte la rencontre ? Au-delà de l’analyse lexicale, ce jeu d’ajustement des manières sera un point d’observation des valeurs partagées et de leur éventuelle évolution ou critique.

Florence Magnot-Ogilvy est professeure de littérature française du XVIIIe siècle à l’université Rennes 2 et membre du CELLAM (Centre d’étude des littératures et langues anciennes et modernes). Elle est spécialiste du genre romanesque (La parole de l’autre dans le roman-mémoires 1720-1770, Peeters, 2004) et de l’étude des rapports entre le discours économique et la fiction (Le roman et les échanges au XVIIIe siècle : pertes et profits dans la fiction des Lumières, Classiques Garnier, 2020).

 

“Complaisance”, apparences et sociabilités dans le théâtre de Molière

La communication consistera à étudier les évocations de la « complaisance » qui traversent le théâtre de Molière et à analyser comment cette notion complexe, qui permet chez le dramaturge d’évoquer, entre autres, le jeu de la sociabilité mondaine et celui de la séduction amoureuse dans un cadre mondain, peut également être reliée à la question des apparences.

Cette notion me semble fondamentale dans le théâtre de Molière, notamment à partir de 1666 : on trouve en effet dans Le Misanthrope onze occurrences de « complaisance » et de ses dérivés, apparaissant dans des scènes particulièrement importantes de la pièce : conflit amical matriciel entre Philinte, défenseur, quand il est question de sociabilité et d’honnêteté, d’une

« vertu traitable », d’un idéal du juste milieu, et Alceste, pourfendeur de la « vaste complaisance » d’un cœur mondain ; conflit esthétique au sujet d’un sonnet mondain (il est impensable, selon Alceste, de louer les « sottises » d’Oronte ; Philinte, en le faisant, devient un « vil complaisant ») ; conflit amoureux (Alceste reproche à Célimène, qu’il aime, sa « complaisance » trop « étendue » à l’égard des marquis qui l’entourent – thématique du faux espoir suscité par la dame qu’on retrouve d’ailleurs aussi dans le sonnet d’Oronte : « Vous eûtes de la complaisance / Mais vous en deviez moins avoir… »).

Cette notion peut s’articuler à la question des apparences : il s’agira pour moi d’étudier les évocations du paraître, de la façon de se présenter au monde, qui entourent celles de la « complaisance » et sont intrinsèquement liées aux questions de sociabilité. Cette articulation est particulièrement explicite dans L’Avare (1669), où Valère s’exprime en ces termes, au sujet du père d’Élise : « Vous voyez comme je m’y prends, et les adroites complaisances qu’il m’a fallu mettre en usage pour m’introduire à son service ; sous quel masque de sympathie et de rapports de sentiments je me déguise pour lui plaire, et quel personnage je joue tous les jours avec lui, afin d’acquérir sa tendresse. »

Si la métaphore du jeu et du déguisement rend ici l’articulation de la complaisance, de la sociabilité et des apparences particulièrement éclatante, il s’agira aussi, plus largement, d’analyser cette association lorsqu’elle se fait, chez Molière, plus discrète, moins évidente.

Anna Rolland est agrégée de Lettres modernes et doctorante contractuelle à l’Université Rennes 2. Après avoir travaillé sur la poésie du XIXe siècle et plus particulièrement sur les figurations du lecteur dans Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, elle a enseigné trois ans en lycée général et technologique et prépare, depuis septembre 2020, une thèse, sous la direction de François Trémolières (Université Rennes 2) et d’Anne Régent-Susini (Université Paris-III Sorbonne-Nouvelle). Ses recherches sont consacrées aux évocations de la « complaisance » dans plusieurs champs littéraires et sociaux au XVIIe siècle (préciosité, comédie, littérature morale).

 

 

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